2018 une année de revendications

3 janvier 2018

Monique Rubin Presse Evasion

2018 une année de revendications

mercredi 3 janvier 2018

Monique RUBIN : « Notre priorité en 2018 sera de nous battre contre la prolifération abusive des vide-greniers »

Par le 2 janvier 2018

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« 2018 sera une année de revendications pour le Syndicat national des commerçants des marchés de France. Le changement de régime social, la prolifération constante des vide-greniers mais aussi la disparition des marchés en centre-ville seront autant de sujets qui mobiliseront les vingt mille adhérents de la corporation et leur présidente Monique RUBIN… ».

Chez les professionnels du commerce non sédentaire, qui exercent leur métier sur les marchés, la nouvelle année débute déjà avec son lot d’interrogations. Sans qu’il n’y ait de réelles réponses à apporter. La crise économique ne frappe pas que les indépendants des centres-villes. La baisse du pouvoir d’achat des consommateurs, phénomène qui va encore s’accélérer ce mois-ci avec l’augmentation des prélèvements de la CSG, additionnée à la stratégie inflationniste du gouvernement sur les sources d’énergie (gaz, fioul, Diesel, essence…), n’aura pas épargné ce secteur d’activité, pourtant très populaire aux yeux des Français. Présidente de la puissante Fédération des syndicats de commerçants des marchés de France, Monique RUBIN s’est confiée à Presse Evasion lors d’une interview accordée à l’aune de 2018. Coup de projecteur sur une filière qui dispose d’un vrai capital de sympathie auprès du grand public et pourtant est en proie aux doutes…

PARIS : « La période hivernale n’arrange rien à la complexité de la situation que nous vivons. Pour les professionnels des marchés, cette période de l’année se résume à des moments de souffrance qui se répercutent sur le chiffre d’affaires de ces entreprises… ».

Tributaires des aléas climatiques (ils sont légion depuis quelques années avec les effets bien visibles du réchauffement de la planète), les commerçants non sédentaires qui développent leurs activités sur les marchés de l’Hexagone éprouvent de plus en plus de difficultés à honorer dignement leur métier. Et à survivre. Un constat chargé d’amertume pour Monique RUBIN, la présidente du syndicat national qui défend les intérêts de près de vingt mille adhérents. Ceux-ci se répartissent au sein de cent cinquante syndicats distincts inféodés au puissant organisme fédéral.

 » La grande distribution assassine les petits commerces de proximité… » 

« Vous bénéficiez toujours de cette cote de popularité auprès des consommateurs français. Ils retrouvent sur les marchés les charmes du commerce d’antan, la traçabilité et l’origine des produits, la noblesse de l’acte d’achat assorti du sens relationnel avec le commerçant. Pourtant, votre secteur souffre d’année en année. Pourquoi ?

La problématique actuelle provient de ces mastodontes que sont les enseignes de la grande distribution. Ces structures assassinent les petits commerces qu’ils soient sédentaires ou non. Nous observons une situation parallèle avec les commerçants de proximité qui ne peuvent guère exister aujourd’hui face à ces poids lourds. Nous sommes confrontés à d’étranges paradoxes à l’heure actuelle dans les centres-villes. Où les magasins, même ceux qui profitent du soutien d’une franchise, ferment. Or, on ne parle que de redynamisation de ces zones indispensables à l’attractivité économique d’une agglomération. Il existe un non-sens que je ne comprends pas puisque certaines municipalités autorisent l’ouverture avec beaucoup de bienveillance de ces nouvelles grandes surfaces en périphérie des villes en leur ajoutant des mètres carrés supplémentaires. Conséquence : de nombreuses villes françaises ne disposent plus aujourd’hui de zones de chalandise attrayante faute de combattants ! Dans certains endroits, les architectes ont même créé des vitrines factices en trompe-l’œil pour remplacer les commerces qui ont été placés en liquidation judiciaire ; c’est une hérésie totale !

Quels arguments apportez-vous pour endiguer ce phénomène qui visiblement ne cesse de croître à l’échelle nationale ?

Nous demandons un moratoire précis sur l’impact économique de ces mètres carrés supplémentaires accordés généreusement aux acteurs de la grande distribution. Il est temps de freiner ce mouvement expansionniste qui ne se justifie pas en France.

Si l’on compare ce que les commerçants de proximité et non-sédentaires français vivent par rapport à leurs homologues qui exercent en Allemagne, que peut-on en déduire ?

Le comparatif est très clair : 62 % du chiffre d’affaires annuel de l’activité commerce en France est assuré par la grande distribution. Les commerces de centre-ville ne génèrent que 25 % de ce résultat. Le reliquat revenant aux commerces de quartier et aux marchés. Or, nous ne rencontrons pas les mêmes prérogatives Outre-Rhin. Là-bas, les trois entités se partagent les parts de marchés de manière équitable : en trois tiers. Les commerces de proximité occupent toujours une place prépondérante dans l’univers commercial de la consommation. Ce qui est aussi favorable à l’emploi…

La recrudescence des supérettes à l’estampille des enseignes de la GMS en centre-ville n’est pas non plus du meilleur goût pour votre fédération…

Non ! C’est une manière complémentaire d’accroître les zones de chalandise de ces structures qui s’installent au cœur des villes. En plus des périphéries avec des hyper ou des supermarchés. La supérette n’occupe que trois cents mètres carrés de surface mais occasionne aussi des ravages énormes parmi les artisans et commerçants traditionnels. Désormais, trouver une boucherie, une boulangerie, voire une épicerie en centre-ville, relève de la gageure…Dans le cas de ces autorisations accordées à ces enseignes, je n’aurai qu’une question : que font nos politiques pour enrayer cela ?

Un travail étroit de concertation avec de multiples partenaires et les élus…

Cependant, et au vu de ce que vous représentez à l’échelon national, vous travaillez en concertation avec les élus ?

Le syndicat est présent au sein de très nombreuses instances institutionnelles et économiques afin d’y faire entendre sa voix. Notre positionnement est simple : nous sommes l’une des préconisations majeures à la redynamisation du centre-ville et de son attractivité économique. Revenons à l’exemple des marchés : une ville qui n’en accueille pas aujourd’hui est une cité qui se meurt. Une ville où un élu n’agit pas en faveur de la création ou de la dynamisation commerciale par le biais d’un marché est un maire qui n’agit pas. Or, parmi nos partenaires institutionnels, il nous faut des locomotives ! De par son passé historique, le marché est représentatif également d’un patrimoine culturel. C’est de notre devoir de ne pas laisser les choses aller à vau l’eau…

Les partenaires des milieux consulaires sont-ils de bon relais de cette impulsion nécessaire liée autour des marchés ?

Oui : nous travaillons avec les représentants des chambres consulaires, en particulier avec ceux de la Chambre de Commerce et d’Industrie, qui optimise toutes initiatives prises en faveur de l’essor du commerce de proximité. Un marché représente un vecteur économique important sur un territoire. Il ne faut jamais le négliger…

Avec qui traitez-vous aujourd’hui au niveau gouvernemental ?

C’est une source d’inquiétude supplémentaire pour nous. Jusqu’au mois de mai 2017, le syndicat pouvait se référer au secrétaire national du commerce, membre du gouvernement. Or, depuis la mise en place de la nouvelle gouvernance survenue après les élections présidentielles, nous n’avons plus d’interlocuteur direct puisque la fonction a été supprimée sine die. Bref, c’est un peu le flou absolu au moment où je vous parle…

De multiples enjeux et perspectives en 2018…

Entre mobilisation et vigilance, on l’aura compris : vous êtes soucieux de faire entendre vos revendications…

C’est exact. Auprès de chacun de nos interlocuteurs : les chambres consulaires, l’association des maires de France, la Confédération des petites et moyennes entreprises, la Confédération des petites entreprises de France, etc. Nos revendications locales se traitent en direct auprès des élus. C’est logique : la gestion des marchés se faisant dans le cadre du domaine public. L’organisation d’un marché suppose des liens ténus avec les professionnels par exemple au niveau du droit de place. Mais, je vous rassure : 70 % de nos relations entretenues avec les édiles sont excellentes. Je n’en dirai pas autant pour les 30 % restants où nous sommes obligés d’intercéder auprès du tribunal administratif pour nous faire entendre…

Par contre, en 2018, votre corporation sera plus que jamais confrontée à la récurrence des ventes au déballage, l’un des soucis essentiels de votre cœur de métier…

La loi a été totalement galvaudée à propos de ce sujet qui nous préoccupe beaucoup. La prolifération des vide-greniers est constante depuis plusieurs saisons : il en existe aujourd’hui plus de 50 000 à l’année. Sachant qu’un particulier ne peut exercer plus de deux ventes à l’année. Mais, ce qui est prévu par le législateur n’est absolument pas respecté ; au détriment des professionnels du commerce non-sédentaire…En outre, beaucoup de ces particuliers profitent de ces manifestations pour vendre de la nourriture, des vêtements de seconde main, ce qui est totalement interdit ! Nous ferons pression cette année sur le gouvernement pour le texte de loi soit modifié afin d’éviter l’existence de zones de non-droit commercial en France.

Dernière source d’inquiétude : la disparition du régime social au 01er janvier 2018 et l’absence d’informations précises…

En fait, je crains une souffrance supplémentaire que vivrons une fois de plus nos professionnels avec la disparition de ce régime. Nous craignions une dichotomie entre la mise en conformité informatique du nouveau régime et l’ancien ; bref des préoccupations dont nous n’avions pas besoin en état. Mais, le syndicat ne se fait guère d’illusions et même si certains croient encore à des lendemains qui chantent, les commerçants non-sédentaires et de marchés sont prêts pour aller au charbon dans les semaines à venir…